Les récompenses : bonne ou mauvaise idée ?
Enseigner les comportements adéquats à nos enfants…. Tout un art. Comment les motiver ? Comment les encourager ? Coralie, du blog “Les 6 doigts de la main” ! a posé récemment la question à un groupe de professeurs de langue. Et, comme elle s’y attendait, l’une des premières réponses qu’elle a reçue était la suivante : les récompenses. Les avis, cependant étaient partagés.
Alors, les récompenses, bonne ou mauvaise idée ? Coralie vous propose de faire le point !
Une petite expérience
Lors de cet atelier avec les profs, j’ai donc lancé le débat avec l’expérience suivante, proposée dans certains ateliers de discipline positive.
Je me suis tournée vers l’une des participantes, et lui ai expliqué que j’allais jouer le rôle de son compagnon. Puis je lui ai annoncé : “J’ai une idée. Chaque fois que tu prépareras le dîner, on mettra une marque sur un calendrier, et si à la fin du mois, tu as plus de 15 marques, je t’emmènerai au restaurant. Qu’en penses-tu ?
– Il n’en est pas question ! m’a-t-elle répondu.
– Pourquoi ? Tu n’aimes pas aller au restaurant ?
– Si, mais qu’est-ce que c’est que ce système dans lequel tu penses que tu peux me dresser comme un chien ?”
Lorsque nous en discutons ensuite, la participante évoque l’idée de domination… Elle considère qu’elle n’est pas du tout respectée.
Je pose la question aux autres : quelqu’un aurait-il choisi de se conformer à ce système ? Oui, répond l’une d’elle. Moi, j’aime cuisiner, alors tant qu’à le faire de toute façon, autant gagner un restaurant à la fin du mois ! Hum… C’est donc elle, qui reçoit la récompense, qui joue finalement le rôle de manipulateur…
Cette remarque m’intéresse parce que c’est justement l’un des points soulevés par la discipline positive : la récompense est une sorte de double-manipulation…
Si c’est le cas, et si la parentalité positive est fondée sur la relation, le lien, la connexion entre nous et notre enfant, comment penser que la récompense va nous aider à avancer ?
Pourtant, la récompense, c’est positif, non ??
Qu’il est difficile d’être parent et de tout remettre en question, comme cela… Après tout, on me dit qu’il faut que je sois bienveillant avec mon enfant. Que je l’écoute et que je témoigne mon amour.
Quand je lui promets une récompense, il se sent mieux, non ? Donc c’est forcément positif ! Hum.. En effet, c’est compliqué. L’un des principes de la parentalité bienveillante est le suivant : “Un enfant qui se comporte bien est un enfant qui se sent bien.”Partant de là, la suppression des punitions, qui génèrent clairement des sentiments négatifs, est assez facile à comprendre. Celle des récompenses l’est un peu moins.
Et pourtant, est-ce que les récompenses ne génèrent que du ressenti positif ? Ce n’est pas ce qu’a eu l’air de dire la personne participant à l’expérience précédente…
Et ce n’est pas tout. Prenons l’exemple de mon fils de 6 ans, dont la maîtresse, en grande section, a mis en place tout un système de gestion du comportement par les récompenses chaque fin de semaine. Lorsque je lui commente que je n’aime pas ce système, il me dit : “Mais maman, c’est la seule manière pour que je puisse apprendre à bien me comporter !”. Je suis atterrée par cette réponse… Cela correspond-il à un sentiment positif, vraiment ? Ce manque de confiance en lui qu’on inculque indirectement à mon fils, qui juge maintenant qu’il n’est pas capable de bien se comporter si on ne l’y pousse pas d’une autre manière ?
En fait, dans l’éducation que l’on appelle positive, il n’y a pas que des sentiments positifs. Au contraire, on enseigne même à l’enfant à accueillir également les émotions négatives, on lui apprend à les traverser. Ce qui donne le positif à cette tendance, c’est le fait de se poser la question de si nos choix éducatifs auront un impact positif. C’est à dire de voir, essentiellement, s’ils aident notre enfant à grandir, à avoir confiance en lui-même.
Et ce n’est clairement pas ce qu’enseigne la récompense.
Une motivation externe
Ce qui est certain, c’est que la récompense correspond à une tentative de motivation externe. Si je devais choisir une seule raison de m’en éloigner, ce serait bien celle-là.
En effet, pour développer la confiance en soi de mon enfant, pour l’aider à prendre le contrôle de sa vie, je dois m’éloigner du contrôle externe. Car en restant dans une logique de contrôle externe, je garde un ascendant sur lui, j’attends qu’il m’obéisse, et je lui transmets, à chaque fois, mon jugement sur son comportement.
Le point de vue de Thomas Gordon sur ces principes est assez éclairant. Donner une récompense pour un comportement, c’est faire en sorte que la motivation d’adopter le comportement en question soit la récompense. Le comportement lui-même n’a donc pas d’intérêt en soi.
Cela va même plus loin : les études prouvent que plus on donne de motivation externe à une personne, plus la motivation interne baisse. L’activité perd son sens. Inconsciemment, notre raisonnement est le suivant : “Si l’on me récompense pour cela, c’est que cette activité n’a pas d’intérêt en soi.”
Et voilà comment l’on obtient des enfants qui ne sont plus motivés par l’apprentissage. Pourtant, ils iraient probablement beaucoup plus loin si on entretenait leur enthousiasme, plutôt que de le court-circuiter par les récompenses externes qu’on leur offre. – C’est d’ailleurs un des premiers points soulevés par Céline Alvarez –
Le peu d’efficacité dans le temps de cette méthode est également une preuve en soi : les parents qui usent de ce système se retrouvent souvent devant le problème suivant : si la récompense n’augmente pas en proportion de la baisse d’intérêt de l’enfant, elle n’a plus d’effet…
Voilà donc une méthode qu’il est difficile d’entretenir sur le long terme !
Comment sortir de ce système ?
L’une des mamans que j’accompagne m’expliquait récemment le système qu’elle avait mis en place chez elle pour faciliter le coucher de son fils de presque 4 ans. Elle a, assez classiquement, un tableau, sur lequel son fils et elle collent un autocollant lorsque le coucher s’est bien passé.
A la fin de la semaine, le fils peut avoir le droit à une soirée en tête à tête avec sa mère. (Elle l’emmène régulièrement au restaurant).
C’est très similaire à l’exemple choisi dans l’expérience du début de cet article, n’est-ce pas ?
Dans les faits, le système restait partiellement théorique, puisque cette maman m’expliquait qu’elle adorait ces soirées partagées avec son fils, et se débrouillait en général pour qu’elles se produisent, quel qu’ait été le comportement de son fils dans la semaine.
Suite à notre échange, nous avons soulevé les points suivants :
- Le diner à deux ne devrait pas dépendre du comportement au coucher. Car ce serait donner à son fils un message d’amour conditionnel
- Si son fils a du mal à se coucher, à ne pas retourner la voir le soir, c’est qu’il a encore plus besoin d’elle, et de temps en tête à tête. C’est la magie du moment partagé, qui aide l’enfant à mieux se comporter le reste du temps, car on aura rempli son réservoir émotionnel et son besoin d’attention…
- Elle-même apprécie ce moment, qui n’a aucun rapport avec les difficultés de coucher de son fils.
Convaincue qu’elle voulait changer son approche, elle s’interrogeait alors sur la façon de s’y prendre pour changer les choses. Or, je crois qu’il n’est pas nécessaire de les compliquer plus que nécessaire. Il suffit d’être honnête avec nos enfants (C’est même une bonne opportunité de leur en donner l’exemple !).
Elle pouvait donc simplement lui dire quelque chose du type :
“Écoute, j’ai réfléchi, et finalement, je ne suis pas ravie de ce fonctionnement que nous avons mis en place. Je me rends compte que j’ai envie de passer une soirée avec toi, indépendamment de la question du coucher. Nous avons tous les deux eu l’occasion de constater que tu étais tout à fait capable de te coucher sans que ça tourne à la dispute, et c’est plus agréable pour nous comme pour toi, et j’en suis ravie. Je n’ai pas besoin de te promettre quoi que ce soit pour que cela continue. Je te propose donc qu’on arrête de remplir ce tableau, sans pour autant arrêter ni nos efforts pour que le coucher se passer mieux, ni nos moments à deux.”
C’est donc ce qu’elle a fait. Et, lorsque je l’ai revue une semaine plus tard, elle m’a dit que cette conversation s’était très bien passée, que son fils l’avait comprise, et que les couchers continuaient à bien se dérouler, sans besoin du tableau !
Êtes-vous prêts à suivre son exemple ?
14 Comments
Céline · 25 juillet 2018 at 20 h 48 min
Bonjour, merci pour ces explications, c’est assez éclairant. Vous n’expliquez cependant pas comment favoriser la motivation interne plutôt que externe, des astuces ? Merci
Coralie · 29 juillet 2018 at 9 h 30 min
Bonjour Celine,
En effet, il faudrait entrer dans toutes les manières de developper la motivation interne. Et pourtant, c’est un peu une fausse question : comment faites-vous pour developper la motivation des adultes qui vous entourent, lorsque vous leur demandez un service ?
Ces adultes sont poussés par leur amitié, par la connexion qu’ils ont avec vous, par leur respect, par leur empathie.
C’est donc sur toutes ces notions qu’il faudra travailler avec les enfants, et en particulier, s’éloigner des ordres. Leur enseigner qu’ils n’agissent pas pour obéir aux parents, mais susciter l’envie de coopérer.
Pas facile, plus long que la méthode externe, mais beaucoup plus efficace à long terme.
Je vous partage ici quelques pistes qui pourront probablement vous guider.
Coralie · 29 juillet 2018 at 9 h 31 min
Un article sur la coopération :
https://les6doigtsdelamain.com/la-cooperation-cest-lexercice-dun-pouvoir-avec-vos-enfants/
Coralie · 29 juillet 2018 at 9 h 32 min
Un article sur le contrôle
https://les6doigtsdelamain.com/parentalite-positive-une-question-de-controle/
Coralie · 29 juillet 2018 at 9 h 33 min
Sur la contribution :
https://les6doigtsdelamain.com/encourager-les-enfants-a-contribuer-a-la-maison/
Helene · 26 juillet 2018 at 12 h 34 min
Bonjour, comme Celine, je reste sur ma fin. Comment faire pour que les enfants aident a la maison sans leur promettre quelque chose? Quelle est leur motivation de le faire? Merci
Coralie · 29 juillet 2018 at 9 h 35 min
Bonjour Helene,
Leur motivation est de participer au groupe, de contribuer socialement. Comme vous le faites naturellement en tant qu’adulte.
La fierté de se sentir capable, et utile.
Le dernier article que j’ai partagé ci-dessus sur la contribution à la maison devrait vous donner des pistes. N’hésitez pas à me dire si vous en voulez plus..
Coralie
Marjorie · 26 juillet 2018 at 14 h 04 min
Merci pour cette article,
Votre exemple me rappelle la fois où mon fils de 6 ans m’explique :la maîtresse donne un bonbon quand on est sage, et comme je sais que tu veux pas que je mange de bonbons (à cause du colorant et sucre etc), bah je suis pas sage, comme ça j’ai pas de bonbon. Mdr . Bref en faisant sa technique la maîtresse obtenait strictement l’inverse de ce qu’elle voulait.
Sinon autre exemple, quand je souhaite qu’il mette le couvert, bah je lui demande et s’il le fait je le félicite en disant a quel point j’apprécie et que ça me rend service. Et qu’on va pouvoir passer à table plus vite. Où alors les non choix tu préfères mettre le couvert ou vider le lave vaisselle.
Coralie · 29 juillet 2018 at 9 h 37 min
Ah ah ! En effet, la maitresse aura du mal à comprendre…
Je dois dire que je trouve complètement dingue qu’une maitresse donne des bonbons pour récompenser un bon comportement !!
Votre approche sur la mise du couvert est tout à fait juste : le remercier et lui expliciter que cela vous rend service répond à son besoin de se sentir utile.
Le non choix est également une très bonne méthode, car elle permet à l’enfant d’exercer un certain contrôle sur ces décisions.
Js · 31 juillet 2018 at 17 h 23 min
Bonjour article intéressant, très louable dans l’intention, mais qui pour moi ne remet pas en cause le système de récompenses qui peut se justifier quand même dans certaines situations ou en fonction de l’enfant, son âge, son degré de maturité et de ses parents bien sur. Ça reste un « moins mauvais » des systèmes pour les enfants jeunes ou ayant des troubles comportementauxcomme le TDAH par exemple, ou même des troubles comportementaux passagers ou liés à l´age. Je pense en particulier que les parents en désarroi face à des comportements récalcitrants de leurs enfants ne doivent pas culpabiliser d’appliquer cette méthode qu’on trouve souvent dans des méthodes de psychologues reconnus comme Barkley, là où l’est enfants sont complètement hermétiques ou immatures face à la motivation interne… oui, c’est donc tentant d’essayer si vous sentez que votre enfant est prêt ! L’humble avis d’un non spécialiste mais papa de 2 jeunes enfants (3 et 5 ans)
Yvie · 20 août 2018 at 20 h 11 min
Je suis tout à fait d’accord avec vous.
Moi même j’ai un enfant de 4 ans qui est très mature et très avancé pour certaines questions, mais qui refuse d’aller aux toilettes pour faire le numéro 2. Il comprend le besoin, mais il ne veut pas y aller pour des raisons que je n’arrive pas à comprendre. En utilisant l’éducation positive, en expliquant tout de plusieurs façons différentes j’ai pas réussi à lui « convaincre ». Au bout d’un moment, pour qu’il n’aie pas des complications et surtout pour qu’on ait tout simplement la paix, j’ai décidé avec lui de faire un calendrier avec une récompense à la fin et voilà.
Audrey · 9 août 2018 at 14 h 58 min
Bonjour, c’est un super article que vous nous proposez ! Étant une (trop) jeune maman (pour beaucoup :D) mais avant tout une maman tout court et de surcroît célibataire sans aucun soutien de la part du géniteur, je tiens énormément à élever mon fils de la manière la plus bienveillante possible et je suis ravie de tomber sur ce genre d’articles. Merci beaucoup de partager vos pensées et outils, c’est très utile !
Ma question est surtout en lien avec l’exemple du système de récompenses de l’instit’. Je suis à 200% partisane de l’idée que notre système scolaire détruit nos enfants. Ayant moi même vécu ma scolarité comme un traumatisme énorme, j’aimerais croire que ce sera différent pour mon fils mais j’ai que trop d’exemples. Vous, vous faites quoi ? Quand l’instit détruit ce que vous construisez avec votre loulou avec un système qui va lui apprendre à ne pas avoir confiance en lui, à se formater à entrer dans un petit moule en oubliant son incroyable individualité ? Cela me rappelle la théorie des intelligences multiples. L’école est le lieu même où l’on oblige nos enfants à perdre leur authenticité et trop souvent, leur estime d’eux mêmes…
Nath · 13 septembre 2018 at 11 h 25 min
Bonjour,
Merci pour cet article qui fait beaucoup réfléchir.
Je pense, en effet, que la société actuelle joue trop avec le système de récompenses, surtout de récompenses alimentaires ! Je ne compte plus le nombre de fois où mes enfants reçoivent un bonbon ou autres car ils ont été sages ! (à l’école, dans un magasin car ils avaient été calmes et même par une madame qui nettoient les toilettes car ils s’étaient lavés les mains !).
Ce sont des gestes qui, même s’ils partent d’un bon sentiment, m’énervent quand on sait la dépendance au sucre et ces effets néfastes.
Marie-Ève · 30 janvier 2025 at 18 h 08 min
Bonjour,
Est-ce qu’un enfant doit adopter un bon comportement pour obtenir un collant ou par ce qu’il y a une réelle raison. alons-y avec une exemple: L’enfant ne doit apprendre qu’il ne doit pas frapper son ami. C’est important car sa va lui permettre de reçevoir son collant. ou parce que ce n’es pas gentil et sa fait mal a son ami? Le mien il a des étoile a l’école sur l’heure du diner s’il ce comporte bien. Il ne veut maintenant plus manquer d’école même fièvreux car il dit qu’il doit y aller pour son étoile car après un certain nombre il va gagner un collant. il est oubliger d’aller a l’école. Ce matin il était fièvreux et la veille aussi mais pas question de rester a la maison ce soigner. foutu étoile.